L’administration d’une association de trois médicaments antirétroviraux a permis d’améliorer fortement la condition des patients malades du SIDA, cette redoutable infection sexuellement transmissible qui s’attaque aux cellules immunitaires.
Faisons le point sur ces traitements.
Trithérapie : définition
La trithérapie est une stratégie thérapeutique utilisée dans le cadre de l’infection liée au Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH), à l’origine du SIDA. Elle ne permet pas d’éliminer complètement le microbe de l’organisme, et le traitement doit donc être pris tout au long de la vie par le patient.
Elle repose sur l’administration de trois médicaments antirétroviraux – le VIH appartient à la famille des « rétrovirus » – et a permis de réduire la mortalité liée à cette maladie de façon considérable.
Objectifs du traitement
Les trithérapies permettent de bloquer la multiplication du virus dans l’organisme et l’empêchent de rentrer dans les cellules de l’organisme qu’il infecte. Elles le rendent presque indétectable dans le sang. Ces traitements visent à préserver les défenses immunitaires et à maintenir un taux de lymphocytes CD4, la principale cible du virus, satisfaisant pour que l’organisme puisse se protéger contre les autres maladies dites opportunistes.
S’ils réduisent le risque de contamination d’un partenaire sexuel, ils ne permettent pas de l’éliminer totalement : le port d’un préservatif est ainsi toujours nécessaire, même sous traitement.
Différents antirétroviraux
Plusieurs classes d’antirétroviraux, qui agissent à des niveaux différents, sont disponibles :
- des inhibiteurs de protéase, enzyme nécessaire à la production des protéines virales au sein des cellules infectées (exemple : ritonavir) ;
- des inhibiteurs de la transcriptase inverse, une enzyme indispensable au virus pour se multiplier à l’intérieur des cellules. Il en existe deux types, les INTI, inhibiteurs nucléosidiques (exemples : abacavir, lamivudine, emtricitabine) et nucléotidiques (le ténofovir), et les INNTI, inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (exemples : étravirin, rilpivirine) ;
- les antagonistes du récepteur CCR5, pour empêcher l’entrée du virus dans de nouvelles cellules (exemple : maraviroc) ;
- les inhibiteurs de l’intégrase (INI), une enzyme qui permet au virus d’injecter son matériel génétique au cœur des cellules (exemple : dolutégravir).
Ainsi, différentes combinaisons de trois de ces médicaments peuvent être testées pour déterminer lesquelles sont les plus efficaces chez chaque patient, tout en essayant de limiter au maximum les effets indésirables.
Certains médicaments renferment directement les trois principes actifs, ce qui facilite leur utilisation par les malades. On peut ainsi citer :
- Triumeq®, qui associe le dolutégravir, l’abacavir et lamivudine. Comme l’abacavir expose à un risque de réaction allergique grave, appelée « réaction d’hypersensibilité retardée », les patients doivent au préalable bénéficier d’un test biologique permettant de s’assurer qu’ils n’y seront pas exposés. Les effets indésirables de ce traitement sont d’ordre digestif (nausées, diarrhées) mais également des difficultés de sommeil, des maux de tête, des vertiges, de la fatigue…
- Des médicaments ayant fait leur preuve se passent tout simplement de l’abacavir, des données récentes ayant démontré l’intérêt de la combinaison dolutégravir/lamivudine en traitement initial, ainsi que celui des nouveaux protocoles administrables toutes les 4, voire toutes les 8 semaines seulement.
- Eviplera®, qui associe la rilpivirine, l’emtricitabine et le ténofovir. Les effets indésirables sont des nausées, des vertiges, des maux de têtes, de l’insomnie.
- Juluca®, lui, se présente sous forme de comprimé et n’associe que deux principes actifs (dolutégravir et rilpivirine). Il est destiné aux adultes virologiquement contrôlé sous traitement antirétroviral stable depuis au moins 6 mois, sans antécédent d’échec virologique et sans résistance connue ou suspectée aux inhibiteurs non-nucléosidiques de la transcriptase inverse ou aux inhibiteurs d’intégrase.
Depuis fin 2021, une nouvelle stratégie thérapeutique est disponible : l’association Vocabria® (suspension injectable à longue durée d’action de cabotégravir – INI) avec Rekambys® (suspension injectable à longue durée d’action de rilpivirine – INNTI). Elle n’est à administrer que tous les deux mois (après la phase initiale d’instauration orale).
Trithérapie d’urgence
Certaines situations exposent à un risque de contamination par le virus du SIDA. Il peut s’agir par exemple :
- d’un rapport sexuel non protégé, ou lorsque le préservatif utilisé s’est déchiré ou a glissé ;
- en cas d’utilisation d’une seringue non stérile, chez les usagers de drogues.
Dans ces circonstances, mener une trithérapie d’urgence peut permettre de réduire considérablement les risques de contracter le virus : elle est efficace dans 8 cas sur 10.
La prise d’antirétroviraux doit être commencée le plus rapidement possible après la situation à risque, dès les premières heures si possible et jusqu’à 48 heures après et ce, quel que soit le taux de CD4. Elle se prolonge sur un mois. Trois mois après celle-ci, un test de dépistage du VIH permet de déterminer s’il y a eu, ou non, contamination.