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HPV

Sommaire

Les papillomavirus, plus communément appelés HPV (de l'anglais Human Papilloma Virus), sont des infections virales sexuellement transmissibles pour les génotypes les plus dangereux. Dans certains cas responsables du cancer du col de l'utérus et des cancers ORL, ils peuvent ainsi être une cause d'infertilité chez la femme. Quels sont les moyens de lutte contre ces virus et leur traitement ?

HPV : définition

L’infection à HPV est une infection sexuellement transmissible (IST). Il s’agit en effet d’une infection dont l’agent responsable est préférentiellement transmis par voie sexuelle, ni par le sperme, ni par le sang, mais par contact avec la peau. C’est une des trois principales IST concernant la population générale avec l’herpès génital et les infections à Chlamydia trachomatis.

Bon à savoir : le nombre de nouvelles infections génitales par un HPV dans le monde est estimé à 30 millions par an. En France, on recense 6 300 nouveaux cas de cancers induits par les papillomavirus, dont près de 25 % touchent des hommes.

Il est estimé que 50 à 75 % des femmes de 15 à 44 ans sont ou ont été exposées aux HPV, le plus souvent lors d'un rapport non protégé. À noter que, contrairement à la femme pour laquelle l’incidence de l’infection HPV diminue progressivement avec l’âge, l’homme est transmetteur potentiel toute sa vie, avec une incidence de l’infection qui demeure constante.

Bien que plusieurs génotypes du virus existent (plus de 120), le plus dangereux est le HPV à haut risque oncogène, car c'est lui qui est considéré comme la cause du cancer du col utérin. À noter que l’infection à HPV est aujourd'hui la cause principale des carcinomes de l’oropharynx (52,6 %) devant les intoxications alcooliques et/ou tabagiques.

Bon à savoir : la transmission du virus se fait le plus souvent lors d’un rapport sexuel avec pénétration, mais peut aussi se faire par d’autres voies de contagion : soit par des jeux érotiques sans pénétration, soit par d’autres événements sans rapport avec la sexualité.

Symptômes du HPV

Quand on parle des HPV dits « cutanés », les symptômes sont le plus souvent bénins et prennent la forme de verrues plantaires, verrues vulgaires (pouvant affecter le visage par exemple).

En ce qui concerne le HPV à haut risque oncogène, il est le plus souvent asymptomatique, bien que quelques fois l'on voie se développer des condylomes ou des verrues génitales. Au niveau ORL, il n'y a quasiment aucun symptôme.

De nombreuses lésions dues au HPV passent inaperçues et guérissent toutes seules, ne laissant pas de trace détectable (sérologie).

Bon à savoir : cette maladie sexuellement transmissible est extrêmement fréquente (80 % de la population a déjà rencontré ce virus au cours de sa vie) mais la grande majorité des patientes diagnostiquées HPV positif ne développeront jamais aucune lésion sur le col utérin.

HPV : diagnostic

Le diagnostic d'un HPV se fait la plupart du temps incidemment au détour :

  • D'un frottis cervical :
    • il est recommandé à toutes les femmes dès le début de leur activité sexuelle (au minimum 1 an après),
    • il se pratique tous les ans pendant 2 ans, puis tous les 2 à 3 ans,
    • il peut être effectué par votre médecin généraliste, votre gynécologue ou bien une sage-femme.
  • D'une colposcopie :
    • c'est un examen visuel du col de l’utérus (et du vagin),
    • il est réalisé à l'aide d'un colposcope (pas très différent d'un spéculum lors des frottis),
    • une biopsie du col pourra confirmer ou infirmer le diagnostic du frottis.
  • D'un test HPV (test moléculaire) :
    • il s'agit d'un examen réalisé à partir d’un prélèvement cervico-utérin et qui recherche la présence d’ADN de virus HPV à haut risque chez les femmes (HPV16 impliqué dans plus de la moitié des cas et HPV18 dans un peu plus d’un cas sur dix);
    • qui est désormais privilégié en première intention chez les femmes de plus de 30 ans pour réduire l'incidence du cancer du col de l'utérus ;
    • à renouveler tous les 5 ans.

Au niveau ORL, le diagnostic est généralement fait lorsque des examens sont réalisés chez un patient qui se plaint d'une dysphagie ou lorsqu'on décèle une tuméfaction dans le cou qu’on peut parfois prendre pour un kyste mais qu'il s’agit en réalité d’une métastase ganglionnaire kystisée.

Plus le diagnostic est précoce, plus la prise en charge d'éventuelles cellules cancéreuses ou précancéreuses sera efficace.

Bon à savoir : depuis le 1er janvier 2018, les femmes de 25 ans bénéficient d'une prise en charge totale dans le cadre de la consultation unique de prévention des cancers du sein et du col de l'utérus. Depuis mai 2018, un dépistage généralisé et entièrement remboursé par la Sécurité sociale est également proposé aux femmes de 25 à 65 ans qui n'ont pas réalisé de frottis du col de l'utérus depuis 3 ans (arrêté du 4 mai 2018). Les femmes concernées sont invitées par courrier à se rendre chez un médecin ou une sage-femme pour effectuer l'examen de dépistage. Depuis juillet 2019, le test HPV est recommandé en 1re intention puisque selon la HAS « il s'avère plus efficace que l'examen cytologique ». Depuis le 1er avril 2020, le test HPV est lui aussi remboursé par l’Assurance maladie pour les femmes de 30 à 65 ans.

Traitement du HPV

Dans le cas de lésions découvertes sur le col de l'utérus, plusieurs traitements seront proposés en fonction du degré lésionnel :

  • une vaporisation laser (par la chaleur ou par le froid) ;
  • une conisation (on enlève un morceau du col en forme de cône, celui où se situe la lésion) ;
  • une hystérectomie totale dans le cas de graves lésions très étendues.

Remarque : les deux premières méthodes permettront à la femme de conserver une fertilité normale, bien que comportant un plus haut risque d'accouchement prématuré (sensibilité du col).

HPV : prévention

Le virus HPV étant un virus transmis de « peau à peau » ou de « peau à muqueuse », la prévention de la transmission reste très difficile.

Contraception

Les méthodes de contraception de barrière (préservatif par exemple) ne sont que partiellement efficaces, car le virus peut être présent sur la plupart de la zone comprenant anus et parties génitales (y compris sur des zones non protégées par le préservatif) et ainsi demeurer infectieux pendant des années.

Bon à savoir : la contamination peut aussi se faire avec les doigts, par exemple.

Vaccination

Depuis 2018, un vaccin nonavalent contre l'infection à HPV est commercialisé : le Gardasil 9®. Toutefois, la couverture vaccinale est assez faible en France (24 % des femmes sont vaccinées selon le schéma complet et environ 15 % des hommes homosexuels) et elle continue de baisser au fil des ans.

On préconise ce vaccin pour les jeunes filles entre 11 et 14 ans (avec un rattrapage jusqu'à l'âge de 19 ans révolu), c'est-à-dire avant qu'elles n'entament leur vie sexuelle, le vaccin étant d’autant plus efficace que celles-ci n’auront pas encore été infectées par les papillomavirus ciblés par la vaccination. Ce vaccin, même s'il n'est pas efficace contre les 150 génotypes de HPV, est en revanche efficace contre les deux formes les plus agressives (16 et 18), responsables de trois cancers du col de l'utérus sur quatre.

Bon à savoir : les collégiens en classe de 5e, filles ou garçons, ont la possibilité de se faire vacciner gratuitement contre les cancers liés aux papillomavirus humains.

Pour rappel, Gardasil 9® contient cinq génotypes supplémentaires de papillomavirus humains à haut risque (31, 33, 45, 52, 58). Ces 5 génotypes additionnels sont responsables d’environ 30 à 40 % des lésions malpighiennes intra-épithéliales de haut grade, 15 à 20 % des cancers du col, 18 % des cancers du vagin, 4 à 11 % des cancers anaux, 10 à 14 % des cancers de la vulve, 9 % des cancers du pénis et environ 4 % des cancers de l’oropharynx chez l’homme.

Les professionnels habilités à pratiquer le vaccin contre les papillomavirus humains sont :

Recommandations des autorités de santé

Pour les jeunes filles et les jeunes femmes non vaccinées antérieurement, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) recommande d’initier la vaccination par le vaccin Gardasil 9®.

Le HCSP recommande également la vaccination aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes jusqu’à 26 ans en prévention des lésions précancéreuses anales, des cancers anaux et des condylomes.

Par ailleurs, suite aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) la vaccination anti-papillomavirus pour les garçons de 11 à 14 ans avec un rattrapage jusqu'à l'âge de 19 ans a été intégrée au calendrier vaccinal (elle est remboursée à 100 % depuis décembre 2020). « La vaccination est la meilleure prévention primaire et elle est bien tolérée. Toutefois, on ne sait pas encore si elle n'a d'intérêt chez les garçons, qu'avant les premiers rapports sexuels ou si une immunité est rattrapable plus tard », explique le Dr Gorphe, ORL au département de cancérologie cervico-faciale de l'Institut Gustave Roussy.

Efficacité

Le vaccin Gardasil® aurait permis de réduire de façon significative la prévalence des maladies liées aux HPV 6, 11, 16 et 18 avec -64 % aux États-Unis, -73 % de lésions précancéreuses du col de l’utérus et -93 % de verrues génitales en Australie (mais dans ce pays, les femmes qui avaient entre 20 et 24 ans en 2015 et ayant été vaccinées entre 13 et 17 ans ont vu leur risque de cancer doubler, même chose en Grande-Bretagne en Suède et en Norvège).

Bon à savoir : il est en réalité à ce jour difficile d'évaluer l'efficacité anticancéreuse de ce vaccin car les cancers du col de l'utérus sont des cancers d'évolution lente qui n'apparaissent que 10 à 20 ans après l'infection.

Reste que selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l’Assurance Maladie, la vaccination HPV n’entraînerait pas d’augmentation du risque global de survenue de 14 maladies auto-immunes. Elles admettent néanmoins que cette vaccination augmente les risques de survenue du syndrome de Guillain-Barré et des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (que sont la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique).

En conclusion, les études semblent s’accorder sur le fait que le bénéfice attendu de cette vaccination reste plus important que les risques auxquels elle peut exposer les jeunes femmes.

Pour autant, suite au décès d’un adolescent après une chute post-vaccination contre le papillomavirus, le 27 octobre 2023, l’ANSM demande désormais aux professionnels de santé d’allonger sur des tapis de sol ou couvertures ou d'asseoir par terre dans un espace dégagé les adolescents qui viennent de recevoir l'injection.

À noter : les effets secondaires les plus souvent observés sont moins graves : douleur, rougeur au niveau de l'injection et symptômes généraux comme de la fièvre, des maux de tête et des nausées. L'ANSM précise aussi qu’un « risque de malaise, [de] syncope parfois sans symptômes présyncopaux, ou de réaction anaphylactique » est présent mais que ces malaises qui « peuvent correspondre à une réaction psychogène à l’injection » sont « peu fréquents et rapidement résolutifs », ils peuvent aussi s’accompagner de tremblements ou de raideurs.

Reste que cette vaccination (de même que le dépistage du cancer du col utérin par frottis) est beaucoup plus faible dans les populations les plus modestes qui ne disposent pas de complémentaire santé ou qui ont de trop faibles revenus. Toutefois, le vaccin peut être proposé gratuitement dans certains centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), ainsi que dans certains centres publics de vaccination.

À noter : en France, la couverture vaccinale contre le HPV est une des plus faibles d’Europe avec seulement 14 % des jeunes filles de 16 ans vaccinées.

Pour en savoir plus :

  • Depuis 1999, l'Organisation mondiale de la santé préconise de remplacer l'acronyme MST (Maladies sexuellement Transmissibles) par IST (Infections Sexuellement Transmissibles).
  • Les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) se transmettent lors de rapports sexuels anaux, vaginaux ou oro-génitaux. Zoom sur la grossesse et les IST.
  • Le dépistage des MST : comment a-t-il lieu, avec quelle efficacité et pourquoi ?

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